STORY

1662 – 1860Histoire de la famille Miyasaka par Naotaka Miyasaka, actuel PDG.

Les racines de Masumi

A l’origine, la famille Miyasaka était au service des seigneurs de Suwa qui dominaient jadis notre région. Après des années de guerre entre le clan de Suwa et les grands seigneurs Takeda Shingen et Oda Nobunaga pendant la période Sengoku (16ème siècle), ma famille décida de renoncer au métier des armes et se tourna vers la fabrication de saké.

La société fut définitivement fondée en 1662 et gagna rapidement en popularité auprès de plusieurs figures historiques. On dit que Matsudaira Tadateru, sixième fils du premier Shogun de la lignée des Tokugawa, qui résidait la moitié de son temps à Suwa appréciait tellement notre saké qu’il en gardait toujours à portée de main, où qu’il se trouva. Egalement Otaka Gengo, l’un des fameux 47 samouraï, vantait ses mérites. Nous conservons dans la famille plusieurs objets ayant appartenu à ces personnages historiques comme des coupes à saké en laque de Matsudaira ou l’étui à sceaux d’Otaka.

Le nom de “Masumi” apparut comme nom de marque à la fin de la période Edo (1603-1867). Masumi, qui signifie « pureté véritable», vient du nom d’un miroir en bronze datant du 7ème siècle, conservé au grand sanctuaire shinto de Suwa. Notre famille offrant depuis des centaines d’années le saké au sanctuaire, on ne pouvait choisir mieux que de l’appeler Masumi .

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Le miroir Masumi
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Une coupe à saké
en laque de Matsudaira
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L’étui à sceaux gravé
en relief de Otaka

1860 – 1920

Des temps difficiles

A partir de la fin de la période d’Edo (1605-1867) jusqu’à l’ère Taisho (1912-1926), Masumi était un très petit producteur de Saké, presque sans ressources. Les membres de la famille devaient même faire des à-côtés comme servir le thé, pour joindre les deux bouts. Les temps furent tellement durs durant la période de Meiji (1868-1911) que la fabrique elle-même fut utilisée comme garantie pour un prêt, afin de permettre à la famille de survivre.

Durant l’ère Taisho, mon arrière-grand-père se tua littéralement à la tâche afin de faire revivre la maison familiale, ce qui amena ses enfants à considérer la fermeture définitive de l’entreprise. Pourtant, à leur tour ils serrèrent les dents et partirent du principe que s’ils devaient continuer à faire du saké, ils devaient le faire suffisamment bien pour pouvoir subvenir aux besoins de leur famille. La nouvelle devise de Masumi devint alors : « un saké doux et élégant ». Le but devint dès lors de produire un saké suffisamment raffiné pour attirer « aussi bien les Dames que les Messieurs ».

La mort prématurée du patriarche de la famille laissa mon grand-père, Masaru Miyasaka, en charge de l’affaire familiale qui était alors au bord de la faillite. Faisant face au risque d’une ruine définitive, il déclara : « le seul moyen pour nous de survivre est de produire le meilleur saké du Japon » et dans la foulée, désigna un talentueux ouvrier de la production encore dans la vingtaine, comme nouveau toji.

C’est ainsi que commença la collaboration de Masaru Miyasaka, l’homme d’affaires, et de Chisato Kubota, le maître-toji, et leur croisade pour faire revivre le saké Masumi.

1920 – 1950

L’homme d’affaires et le maître de saké

Le rêve qui animait mon grand-père, Masaru Miyasaka, et le jeune maître-toji Chisato Kubato n’était pas moins que “de faire le meilleur saké du Japon”. Pour relever ce défi audacieux qu’ils s’étaient donné, ils n’eurent de cesse que de suivre cette règle : « Si l’on a vent d’un bon saké dans l’est, faisons en venir pour le goûter; si un saké fait parler de lui dans l’ouest, sautons dans le train de nuit pour aller voir comment ils le produisent ! »

Masumi apprit beaucoup des fabricants de la région de Saijo à Hiroshima, et spécialement de la Maison Kamotsuru . Quand il avait un peu bu, mon grand-père menaçait même parfois ses petits-enfants, de les mettre à la porte s’ils s’avisaient à dire du mal de Kamotsuru.

Plus tard, quand j’ai commencé mon apprentissage et visité de nombreuses maisons de saké, bien souvent le patron des lieux me lançait : « Ton grand-père était un grand rival de notre famille ». « Conservons cette rivalité amicale et voyons qui fera le meilleur saké ! » Aujourd’hui encore, je me souviens de l’aura de mon aïeul parmi les gens de la profession.

Le maître-toji Chisako Kubota (4ème à partir de gauche, au deuxième rang) ; mon grand-père, Masaru Miyasaka (3ème à partir de la droite, au deuxième rang)